
À Vichy, la modernisation du CREPS s’inscrit dans une ambition territoriale engagée depuis 2015 : faire du « plateau d’économie sportive » un levier de rayonnement, d’attractivité et de développement économique. Face aux doublons entre le CREPS et le Centre Omnisports, une trajectoire inédite se dessine : une gouvernance unifiée du plateau sportif, construite pas à pas. Au cœur du projet : une expérimentation législative fondée sur l’article 37-1 de la Constitution, avec une mise en œuvre visée début 2027. Nous avons interviewé Thomas Senn le directeur du CREPS, suite à la visite de Marina FERRARI ministre des Sports à Vichy le 16 janvier dernier
Avant de parler “CREPS 2.0”, quel est le point de départ : pourquoi ce sujet devient stratégique à Vichy ?
Thomas Senn :
Tout part d’un choix politique ancien, qui s’est vraiment structuré à partir d’une étude réalisée en 2015 sur le positionnement stratégique du pôle d’économie sportive de Vichy : le territoire a pris conscience que le sport pouvait être un levier de développement économique, de rayonnement et d’attractivité. Vichy a une identité thermale forte, mais le sport a toujours fait partie de son histoire – depuis les années 60-70. L’enjeu était donc de réactiver ce potentiel, de mieux le coordonner, et de le projeter à un niveau national et international.
Quand vous arrivez en 2018 à la direction du CREPS, quel état des lieux faites-vous ?
Thomas Senn :
A mon arrivée en 2018, le territoire avait déjà une ambition sportive très affirmée, mais le CREPS, lui, sortait d’une période compliquée : il y a eu la RGPP, puis la décentralisation partielle en 2016. Le constat, c’est un CREPS qui avait besoin de retrouver un projet, de se repositionner dans un environnement territorial très dynamique. La bonne nouvelle, c’est qu’il y avait une fenêtre de tir, un contexte de Jeux Olympiques et Paralympiques en France en 2024 et une volonté partagée de l’État et de la Région de se réinvestir, notamment via des travaux importants. 40 millions de travaux ont été réalisés au cours des 5 dernières années. https://patrickbayeux.com/actualites/les-creps-musclent-leurs-equipements-pour-la-performance/
Concrètement, quels dysfonctionnements posaient problème sur le terrain ?
Thomas Senn :
Le diagnostic a mis en évidence quelque chose d’assez simple : sur un même plateau sportif, le territoire avait deux structures avec des missions qui se superposent, le Centre Omnisports d’un côté, le CREPS de l’autre. Résultat : des doublons, des incohérences, parfois même une forme de concurrence entre acteurs. Et surtout, un manque de lisibilité : quand on est un club, une fédération, un partenaire, on ne sait pas toujours à qui s’adresser. D’où un enjeu majeur : créer un interlocuteur unique et une stratégie cohérente.
Votre mission de préfiguration reposait sur des études préalables : quelles ont été les grandes étapes ?
Thomas Senn :
Cette mission, confiée par courrier cosigné par la ministre des sports et le président de Région, s’organise en trois phases.
La première phase a consisté à dresser le périmètre des installations concernées, en tenant compte des équipements communautaires et des équipements du CREPS (qui relèvent de la Région).
La deuxième étape a été de poser le panorama des missions attendues : aujourd’hui, le Code du sport confie au CREPS des missions pour l’État et la Région. Il fallait donc préciser ce que le territoire, via l’agglomération, pouvait légitimement nous confier en plus.
Enfin, la troisième dimension – essentielle – concerne les moyens : agents, financements, capacités opérationnelles, pour rendre le modèle viable.
Trois scénarios de gouvernance ont été analysés. Qu’est-ce qui a fait débat ?
Thomas Senn :
On a effectivement étudié trois hypothèses.
La première, c’est une coopération conventionnelle renforcée. Elle a l’avantage d’être souple, mais elle reste peu structurante, et surtout elle ne répond pas complètement à l’ambition politique.
La deuxième, c’est le Groupement d’Intérêt Public (GIP). C’était une solution très intégrée, très cohérente sur le papier, mais elle comportait des risques sociaux importants pour les agents, avec une bascule immédiate et peu de réversibilité.
Et la troisième, qui a été retenue par l’ensemble des autorités parties prenantes au projet, car considérée comme la plus pertinente : l’expérimentation, via l’article 37-1 de la Constitution. Elle permet de construire un modèle robuste tout en gardant de la progressivité sans porter atteinte au statut du CREPS.
| art 37-1 de la constitution : La loi et le règlement peuvent comporter, pour un objet et une durée limités, des dispositions à caractère expérimental. |
Justement, pourquoi fallait-il “une loi” ? Beaucoup se demandent ce qui bloque…
Thomas Senn :
C’est un point clé. Le sujet n’est pas un “problème de compétence intercommunale” au sens classique : c’est un sujet lié au cadre juridique du CREPS. Le Code du sport, en particulier via le principe de spécialité, prévoit aujourd’hui des missions exercées pour l’État et la Région.
Si on veut que l’agglomération devienne une troisième tutelle, et puisse confier officiellement des missions au CREPS, il faut ouvrir ce champ dans la loi. L’expérimentation permet précisément de déroger au cadre actuel pour un objet et une durée limités.
À quoi ressemblera ce “CREPS 2.0” : qu’est-ce qui change, et qu’est-ce qui ne change pas ?
Thomas Senn :
Le principe, c’est de garder le CREPS comme structure, mais de faire évoluer sa gouvernance et ses missions. Concrètement :
- une gouvernance élargie, avec un Conseil d’administration remanié intégrant l’agglomération comme troisième tutelle,
- des missions élargies confiées par le territoire,
- et un cadre social sécurisé, sur un modèle proche de ce qui existe déjà : le CREPS n’est pas l’employeur direct, les agents peuvent être mis à disposition par l’agglomération.
Ce qui est important, c’est qu’on évite les tensions statutaires et qu’on crée une trajectoire réaliste. L’objectif est que le “CREPS 2.0” gère l’ensemble du plateau sportif en gestion et commercialisation, tout en respectant le fait que chaque collectivité reste propriétaire de son patrimoine.
Quel calendrier pour la suite, et quels sont les points de vigilance à ne pas manquer ?
Thomas Senn :
Le diagnostic a été présenté en Conseil d’administration en novembre 2024, puis les scénarios ont été validés au printemps 2025. Aujourd’hui, on est dans la phase politique : le texte de loi est prêt, court et technique, et doit être porté par les parlementaires du territoire.
L’objectif est une adoption avant la fin de la session parlementaire de juillet. Si ce calendrier se confirme, on peut viser une mise en œuvre opérationnelle début 2027.
Le point de vigilance majeur, c’est l’évaluation : on ne peut pas la prévoir à la fin. Il faudra dès la première année mettre en place un comité d’évaluation et définir les modalités de suivi. C’est aussi ce qui rend l’expérimentation crédible et utile pour le territoire.