Par David Picot
Comment construire des services publics des sports capables de durer dans un monde incertain ? La réponse tient en une notion : la robustesse, thème des Journées d’études nationales (JEN) de l’Andiiss, l’association des directeurs des sports des collectivités, organisées à Vichy (Allier) les 18 et19 mars. Tour d’horizon.
Un évènement organisé sous les ors du Palais des Congrès de Vichy (Allier), Napoléon III convoqué par le maire (LR) Frédéric Aguilera en préambule... Ambiance très Second Empire, aux 19es Journées d’études nationales(JEN) de l’Andiiss, ces 18 et 19 mars. Ce congrès annuel des directions des sports des collectivités a rassemblé près de 300 participants. « Un record », ont pris soin de préciser Marianne Deloubes et Nicolas Rouquairol, les deux co-présidents, autour d’un thème qui transpire l’actualité : la robustesse. Celle des organisations telles que les services territoriaux des sports, confrontés « aux mutations des sports et des pratiques, aux contraintes budgétaires et encore aux enjeux de transition environnementale et sociétale », a resitué Marina Honta, professeure de l’université de Bordeaux, chercheuse au centre Émile-Durkheim.« Plus nous optimisons, plus nous devenons fragiles »
Dans ce contexte, la robustesse invite certes à la résilience et à l’adaptation, mais pas seulement. Pour expliquer cette notion, Philippe Thourel, secrétaire général de l’Andiiss et responsable de la mission équipements délégués et maîtrise d’ouvrage à la direction des sports de la ville de Bordeaux (Gironde), s’appuie sur les travaux du chercheur en biologie Olivier Hamant, selon lequel : « plus nous optimisons, plus nous devons fragiles ». Et de développer : « l’obsession de la performance nous rend vulnérables et paradoxalement, autour de nous, le vivant nous offre une autre voie. Une voie où l’inefficacité devient une force, où la lenteur est une stratégie, où la redondance est une sécurité ». Et de tout de même préciser : « Il ne s’agit pas de renoncer à l’efficacité mais de la réinventer ».
« Nous sommes au début d’une aventure de robustesse sportive », a glissé Vincent Debusschère, directeur des sports à la mairie de Bordeaux (Gironde), au cours d’un atelier centré sur les crises environnementales et la résilience des services des sports. « La robustesse, c’est la capacité à résister aux chocs », a-t-il poursuivi. Avec au final, un point de sortie de crise qui se situe « au-dessus du point de départ ».
Lieu d’accueil d’urgence
Une illustration ? Jean-Benoît Burnichon, directeur des sports et de la logistique à la ville de Clermont-Ferrand(Puy-de-Dôme), évoque le cas des gymnases dédiés à l’accueil et la protection de la population dans le cadre d’un plan communal de sauvegarde. « Cela passe par le fait de maintenir le niveau de vigilance des agents concernés par la gestion de cet équipement », souligne-t-il. Voire d’inscrire la rénovation ou la construction du gymnase en question, aussi dans cette optique, comme c’est le cas à Bordeaux. « Dans l’aménagement d’équipements sportifs, nous anticipons l’intégration de douches individuelles et l’augmentation des débits de production d’eau chaude », enchaîne Vincent Debusschère, de façon à adapter aussi le lieu à l’hébergement potentiel de plusieurs dizaines de personnes. Plus inattendu, au sud de la ville, le gymnase Babey, appelé à être rénové, sera doté d’une climatisation, pour servir de refuge lors des plans canicule. « Nous avons dépassé le sujet de l’écologie car nous savons que nous devrons mettre à l’abri des populations fragiles, personnes âgées, scolaires, etc. », justifie le directeur.
Un sport quotidien
Que ce soit par l’anticipation ou la résilience. « La robustesse ne se décrète pas. Elle se construit par l’échange, l’expérimentation », insiste Philippe Thourel. « Elle se cultive dans le quotidien », ajoute Nicolas Dauba, directeur des sports de Mérignac (Gironde), qui a fait face à l’incendie d’un gymnase, juste après l’achèvement d’un schéma directeur des équipements sportifs, de fait réajusté. Il s’en est suivi de fortes « difficultés managériales », avant d’aboutir à un projet de service « réalisé avec les agents à partir de la vision de terrain »
En pratique, quelques leviers de la robustesse
Comment construire un service des sports robuste, susceptible de faire face à un choc ou autre crise environnementale, managériale, etc. ? À l’occasion de ces Journées d’études nationales, Bertrand Poitou (AMV Conseil), consultant et formateur en organisation et relations humaines, a livré quelques recettes.
Sur le plan des leviers organisationnels :
- lors du changement d’un logiciel, négocier une année-test ! « On regarde si ça fonctionne avant de s’engager dans le temps », plaide-t-il ;
- mettre en place une cellule de crise, à l’échelle de la direction des sports ou en inter-services. « Façon exercice-incendie », sourit-il ;
En matière de leviers managériaux et humains :
- développer plus de pédagogie auprès des élus. « Il s’agit d’être capable d’instaurer un dialogue constructif avec eux », ajoute le consultant. Lequel relève qu’une fenêtre pertinente s’ouvre à la faveur des élections municipales. « L’occasion peut-être de retravailler avec ses élus les propositions sportives du mandat » ;
- identifier au quotidien l’utilité et la pertinence des actions conduites ;
- se former, notamment sur les outils managériaux autour de l’intelligence collective.
Bertrand Poitou ajoute « trois petites phrases », histoire de prolonger la réflexion :
- « Être performant aujourd’hui, ne serait-ce pas savoir s’arrêter, simplifier ou renoncer » ? ;
- « La vraie rupture n’est pas technique. Elle est dans nos critères de décision et nos futurs choix politiques ». Et d’ajouter « d’où l’importance de s’en ouvrir aux élus » ;
- « Peut-on traiter une crise de surconsommation en optimisant la... surconsommation ! »